Que c’est un divin gâchis, et de l’exemple à suivre

 

à Guillaume Sire

 

 

Ce printemps mal élevé, prématuré,
beau comme une lésion cérébrale,
une offense au budget des augures,
ce cruel, prodigue, égoïste printemps,
qui balance des commandos de papillons
sur la neige, à la mort certaine assignés,
et qui sort ses lézards en avance,
transis, claquant des dents,
gelés demain dans un seau,
est-ce un démon moqueur
ou l’amour du gâchis ?

Quel gâchis divin – toute la vie éclate,
en un instant dilapidée,
comme un dépôt d’explosifs,
en gerbes, en jets, en éclats sans profit,
consommé par le vent
ce butin de mines et d’obus
qu’avaient enfoui les fées
pour fleurir à propos.

D’autres froids viendront,
assassins de bourgeons,
mais qui va dire à la fleur
qu’il est trop tôt pour être ?
A l’âme qu’elle a tort
d’émerger aujourd’hui ?

Que ton chant soit ainsi,
cruel, égoïste, hors saison,
razzia pour rien dans la grâce,
car de pure, au fond,
il n’y eut jamais
que la perte.

 

Pâques 2024

 

 

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